Les lendemains de cuite sont toujours difficiles à vivre.

 

Européen convaincu, je regrette aujourd’hui d’avoir sombré dans l’excès. Excès de confiance en des responsables politiques qui l’ont bafouée. Excès d’espoir en une Union européenne qui ne l’a que trop déçu. Excès d’optimisme là où règnent désormais affliction et amertume.

 

 

Défaite annoncée et méritée

 

 

Plus de 25% des votes en faveur du Front national à l'occasion de ces élections européennes. C’est beaucoup. C’est un électeur sur quatre, en y écartant les quelques 57% de Français appelés aux urnes, et pourtant restés chez eux dimanche dernier.

 

On peut sauter sur sa chaise, comme un cabri disait l’illustre, pestiférant contre la montée de l’extrémisme et la victoire de l’abstentionnisme, mais cette défaite des partis républicains en général était annoncée par tous les sondages (celui d’Ifop-FIducial pour "Paris Match" du 22 avril donnait déjà le FN gagnant avec 24% des voix).

 

Rien ni personne n’a œuvré à renverser la tendance. Défaite annoncée, défaite avérée, défaite méritée.

 

 

J’ai désespérément cherché une personnalité connue. En vain.

 

 

Difficile à vrai dire de s’enthousiasmer pour des seconds couteaux, des candidats tous plus inconnus les uns que les autres (exception faite précisément des Marine le Pen, Louis Aliot et Florian Philippot du Front national).

 

Lors du meeting des Européens du dimanche 18 mai, devant une salle à peine remplie de moitié, François Bayrou avait bon dos en assurant avoir sélectionné en tête des listes UDI-Modem les personnes les plus compétentes en la matière.

 

J’ai désespérément cherché en chaque liste de ma circonscription du Nord-Ouest une personnalité qui, à défaut d’avoir pu me faire vibrer politiquement, m’était au moins connue de nom ; je n’y ai trouvé que Marine le Pen.

 

Victoire logique et sans appel, 33% des électeurs du Nord-Ouest ont répondu favorablement aux sirènes de l’euroscepticisme, triplant par la même occasion son score de 2009.

 

 

À droite comme à gauche, toujours le même ton scandalisé

 

 

Que le gouvernement, par la voix du président François Hollande qui s’est empressé de s’exprimer après la débâcle, regrette publiquement ce résultat, pourquoi pas, mais rappelons qu’il fut incapable de prendre une position suffisamment ferme et audible en faveur de la construction européenne.

 

Notons en l’occurrence l’inénarrable silence du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, durant cette campagne européenne, tout autant que le réveil tardif de son Premier ministre, Manuel Valls.

 

Bis repetita, nous avons le droit à présent au même scénario post-élections municipales, au même ton scandalisé de la part de responsables politiques de droite comme de gauche, qui n’ont de responsabilité que celle qui les implique dans des affaires toujours plus opaques (étonnamment, les dirigeants de Bygmalion auront attendu le lendemain des élections pour incriminer de nouveau les grands pontes de l’UMP).

 

 

La faillite unanime des partis modérés

 

 

Longtemps avons-nous parlé de la crise financière de 2008, longtemps parlerons-nous de la crise politique qui se précise, aujourd’hui, en 2014, et qui est appelée à se pérenniser.

 

Ce ne sont pas les promesses d’une plus grande fermeté aux frontières, d’un attachement plus ancré à la préférence nationale ou du choix assumé d’une sortie anticipée de la zone euro, qui ont attiré sous la coupe du FN 25% des 43% des Français ayant voté dimanche.

 

C’est bien davantage la faillite unanime des partis modérés, incapables de résoudre le double impératif d’incitation à la création de richesse sur le sol national et de réduction des inégalités, trop enclins à se rejeter tour à tour la faute du décrochage désormais manifeste de l’économie française à l’échelle du monde.

 

 

Il manque à nos dirigeants du charisme

 

 

Il manque à nos dirigeants un souffle, un charisme, celui d’un Robert Badinter convainquant l’Assemblée Nationale d’abolir la peine de mort malgré une opinion publique négative en 1981 ou celui, plus récemment en 2003, d’un Dominique de Villepin refusant d’intervenir en Irak malgré la pression des diplomaties anglo-saxonnes.

 

Il manque aux institutions européennes une visibilité, une transparence, celle qui permet à 506 millions de citoyens européens d’accéder au mécanisme d’un organe supranational censé assurer notre légitimité sur la scène internationale et organiser le vivre-ensemble entre des peuples au passé conflictuel.

 

Il manque aux programmes politiques une cohérence, celle qui préfère aux réformes de fortune une véritable réflexion sur ce que doit être l’Europe politique – et qui, je vous en prie, ne se contentera pas de l’argument si joyeusement ânonné ces 20 dernières années qu’il en est devenu galvaudé : "L’Europe, c’est la paix".

 

 

Non, l'Europe ce n'est pas la paix

 

 

Non, l’Europe ce n’est pas la paix puisque le monde désormais mondialisé est en guerre – guerre cependant d’une nature inédite. L’espoir d’une mondialisation heureuse promue par Alain Minc s’est dissipé au moment du tournant des attentats de 2001, et depuis lors c’est à une guerre économique que se livrent les pays du monde.

 

Incapable de vendre ses produits aux marchés émergents, de monter en gamme sa production plutôt que de s’acharner à maintenir sous perfusion une industrie vieillissante et obsolète, d’alléger les charges qui obèrent les capacités d’investissement de ses entreprises, la France ne prend pas la mesure du rééquilibrage qui s’opère dans un espace multipolaire.

 

Matthieu Pigasse, directeur général de la Banque Lazard en France, n’hésite pas à parler de "Troisième Guerre mondiale" dans son "Éloge de l’anormalité" pour rendre compte de la concurrence économique qui fait ainsi rage.

 

 

La politique est avant tout une affaire de courage

 

 

C’est dans ce contexte qu’une Europe politique fait sens, et cela pour trois raisons :

 

- En premier lieu parce qu’elle doit fournir à tous les Européens de quoi subvenir à leurs besoins fondamentaux, entendons ici l’éducation, la santé, la sécurité etc.

 

- En second lieu parce qu’elle doit assurer un rôle de régulation en cas de turbulences internationales à l’instar de la crise financière de 2008.

 

- En troisième lieu parce qu’elle doit être à l’origine d’incitations positives, encourageant le risque, l’innovation, la mobilité sociale, et pénalisant la rente, la spoliation de richesses, les déterminismes.

 

La politique est avant tout une affaire de courage. Or, il est aujourd’hui impossible pour un responsable politique d’espérer se faire réélire cinq ans après son investiture s’il mène les réformes structurelles que suppose l’urgence de la situation européenne.

 

En attendant, les gouvernements nationaux continuent à s’enivrer d’arguments populistes, laissant à l’Union européenne le mauvais rôle du Sam de fin de soirée, conducteur tout désigné pour piloter un déclin sans avoir accès aux leviers nécessaires pour l’enrayer.

Crédit Photo : Denis Closon/ISOPIX/SIPA

Victoire du FN aux européennes, J+7 : charisme et courage, voilà ce qui nous manque

 

 

Une semaine après l'écrasante victoire du Front national aux élections européennes, il est temps de prendre un peu de recul face aux résultats. Comment expliquer le score de 26,5% obtenu par le parti de Marine Le Pen ? Nicolas Germain est étudiant en prépa HEC. Pour lui, les politiques manquent de souffle et de cohérence.

 

 

 

Chronique du 1er juin 2014 signée Nicolas Germain

Publiée dans Le Nouvel Obs

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