Loin semblent être les années 1990. Ces années durant lesquelles les entreprises françaises vendaient au monde plus qu’elles n’en achetaient. Ces années durant lesquelles la courbe du solde commercial se hissait jusqu’aux 20 milliards d’euros d’excédent.

 

Loin semblent être ces années puisque, depuis lors, la balance commerciale française a chuté vertigineusement, exception faite d'un léger mieux entre 2012 et 2015. Le déficit accumulé en 2016 - 48,1 milliards d’euros - représente plus de 2% du PIB, estimé à 2 200 milliards d’euros. Le mois de janvier 2017, quant à lui, s’achève sur un déficit quasi historique de 7,9 milliards d’euros, ne présageant rien de bon pour l’exercice à venir.

 

Loin derrière l'Allemagne

 

Doit-on se réconforter en portant le regard outre-Manche, où nos voisins britanniques, à population et PIB similaires, ont accusé l’an passé un déficit de plus de 50 milliards d’euros ? Serait-ce un mal symptomatique d’une vieille Europe qui ne saurait plus séduire le monde ? Se convaincre de cela serait ignorer les succès d’une Allemagne championne en la matière : son excédent commercial, durable, s’élève à 252,9 milliards d’euros au terme de l’année 2016.

 

Le déficit abyssal dont souffre la France ne doit cependant pas occulter les pépites à l’export qui émergent de notre territoire. Les Grands Prix BFM Business de l’Export récompensaient, il y a quelques semaines, les aventures françaises les plus remarquables sur les marchés étrangers. L’occasion de rappeler qu’exporter est pour toute entreprise un relai certain de croissance dans un contexte de mondialisation, et un mode d’atténuation des risques par le biais de la diversification géographique.

 

Constituer des écosystèmes industriels

 

Parmi les données principales qui permettent de saisir la structuration de l’export tricolore se trouve l’attractivité du territoire. En effet, 30% des exportations françaises sont en réalité assurées par des filiales de groupes étrangers implantées dans l’Hexagone selon Muriel Pénicaud, directrice générale de Business France.

 

Les avantages compétitifs de notre territoire sont multiples : ouverture sur le monde francophone et ses 300 millions de consommateurs, infrastructures de qualité et système de formation reconnu sont autant d’éléments qui fondent notre succès.

 

L’exemple de Siemens est riche d’enseignements en ce sens : le VAL, métro automatique sur pneus, s’exporte vers les États-Unis, l’Italie, Taïwan et la Corée du Sud depuis Toulouse, ville que l’entreprise allemande a choisie pour être son centre mondial de construction.

 

Christophe de Maistre, président de Siemens France, justifie ce choix par la conjonction de deux facteurs dans la Ville Rose : l’existence depuis plusieurs décennies d’un écosystème industriel dynamique, et la concentration - « le pool » - de talents issus des écoles d’ingénieur, des universités et des écoles de commerce locales.

 

La France gagnerait ainsi à s’appuyer sur ses pôles industriels écosystémiques ainsi que sur le savoir-faire de ses ingénieurs et de ses cadres, afin de développer un environnement attractif propice aux industries exportatrices.

 

Vivier de talents

 

Naturellement, il ne s’agit pas de se reposer uniquement sur le dynamisme des entreprises étrangères, car celui-ci ne saurait suffire. Notre vivier national regorge de talents à l’export. Pour s’en convaincre, considérons divers exemples.

 

Les marinières issues des usines des Tricots Saint-James sont saluées pour leur résistance et leur confort aux quatre coins du globe, permettant à l’entreprise normande d’exporter 40% de son chiffre d’affaires. Le groupe Fives, créé au XIXe siècle à Lille, est désormais le leader mondial de l’impression 3D de pièces de métal destinées à équiper les chaines de production d’usines établies au Moyen-Orient, en Chine, outre-Atlantique et en Afrique.

 

La liste peut s’allonger en citant Ciel et Terre, entreprise productrice de panneaux solaires flottants, qui assure l’ensemble de son chiffre d’affaires à l’étranger. Dans le domaine de la culture, la société de production On Entertainment s’est illustrée avec la réalisation du Petit Prince, film d’animation français le plus vendu à l’étranger avec pas moins de 100 millions de dollars enregistrés au box-office.

 

Plus encore, Manitou s’affiche comme une référence mondiale sur le marché des matériels de manutention, si bien que 80% de son chiffre d’affaires est généré hors de France. Du côté des géants industriels, Vinci a été primé cette année champion de l’export par BFM Business : du barrage d’Assiout en Egypte au dôme de confinement de Tchernobyl, autant de faits d’armes pour le BTP français.

 

« Made in France for the world »

 

Si tous ces exemples sont encourageants, force est de constater qu’encore trop peu d’entrepreneurs français se lancent dans l’aventure de l’export : quelques dizaines de milliers par an au plus. L'Italie compte 200 000 entreprises exportatrices contre un peu plus de 100 000 en France. Ce chiffre est triple en Allemagne.

 

Jean-Claude Volot, PDG de Dedienne Aerospace, accuse une « vision hexagonale » de nos marchés aux yeux de nombreuses entreprises françaises, puisque seules 18 000 d’entre elles – soit 0,5% si l’on en décompte 3 400 000 en tout – représentent 97% des exportations.

 

La marge est donc considérable si le pays souhaite relancer ses exportations, et le levier principal demeure le suivant : convaincre les entreprises de se lancer. L’une des conditions nécessaires est l’existence d'une ambition internationale pour nos entreprises, l’ambition de conquérir les marchés au-delà de nos frontières.

 

La vision de Sébastien Badault, directeur général d’Alibaba France, est de faire de la filiale française du géant chinois une plateforme du « Made in France for China ». Cette formule relève du principe à adopter par toute entreprise française capable d’exporter, un principe pouvant se généraliser en « Made in France for the world » : élargissons notre perception du terrain de jeu et cherchons à séduire les consommateurs du monde entier.

 

Optimisme naïf

 

Aujourd’hui, la problématique de l’export, comme maintes autres problématiques économiques françaises, relève d’une mentalité à faire évoluer, une mentalité enracinée dans des siècles d’histoire, dont « Candide ou l’optimisme » de Voltaire s’érige comme un monument : il s’agit de l’obsession d’un réalisme considéré incompatible avec l’optimisme. La France voit ses défauts comme des fatalités, et l’idée même de les transcender relève pour beaucoup d’un optimisme naïf.

 

Pourtant, l’histoire internationale montre bien que la réussite d’un pays suppose souvent une part d’irréalisme et d’espoir fou. Qui aurait cru, en effet, qu’un pays aussi dévasté et pauvre que la Corée du Sud au sortir des années 1950 aurait pu se développer si vite, devenir le leader mondial dans de nombreux secteurs industriels de pointe et se hisser au 6e rang des exportateurs mondiaux, devant la France, avec une population 1,3 fois inférieure et un PIB doublement inférieur ?

 

Il s'agit de puiser dans cette réflexion quelque forme d’inspiration et de motivation pour cultiver les atouts de notre pays, atouts souvent inexploités et pourtant si évidents, notamment en matière d’export.

Made in France :

 

Changer les mentalités pour redresser le déficit commercial

 

Avec seulement 100 000 entreprises exportatrices, la France a enregistré un déficit commercial de 48,1 milliards d'euros en 2016. Il faut faire évoluer les mentalités pour que les PME françaises cherchent enfin à élargir leur terrain de jeu.

 

 

 

 

 

 

Chronique du 19 avril 2017 signée Mehdi Hassouni

Publiée dans Les Echos

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