L’Ukraine est avant tout une lutte pour la domination et l’image internationale. Alors que l’Union Européenne se cherche des alliés en ces temps de crise institutionnelle, la Russie, elle, ne veut pas perdre sa sœur jumelle et son client favori. Les Etats-Unis s’en sont mêlés appuyant les positions européennes. En deux phrases nous avons l’impression de rejouer un conflit vieux de maintenant vingt ans. Et si l’on peut espérer que la situation évolue, ce n’est pas l’initiation du blocage diplomatique qui est à mettre au centre des intérêts mais bien ses débouchés.

 

En effet la situation en Ukraine a remis sur le tapis deux principes, deux fondements de la sécurité et du bien-être collectif que l’Homme a progressivement formés au cours des siècles. Le premier point et le plus en vue, c’est le rôle des institutions internationales. Leur efficacité a été nulle, comme bien souvent, avec des concertations contre-productives, des sanctions inexistantes ou tout simplement qui ne devaient pas exister, des mots, beaucoup de mots dans le vide et finalement même des vies en danger avec des observateurs, armés de leurs stylos et de leurs calepins, volatilisés. Si la guerre froide et le fonctionnement injuste de l’ONU, autour d’un Conseil de Sécurité se fondant sur les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, ou encore du FMI, sont depuis longtemps décriés, l’Ukraine s’avère être le point d’orgue de l’incapacité et de l’inadaptation bureaucratique de ces institutions.

 

Egalement mis au centre des débats, la question des libertés, notamment collectives. Elles ont été contournées par les instigateurs mêmes de celles-ci. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a semblé être un droit qu’à la condition que les puissances occidentales l’approuve. Dans le cas de la Crimée et de la région de Donetsk, les référendums, processus démocratiques par excellence, sont condamnés et contestés par l’Union Européenne et les Etats-Unis alors que ces derniers ont poussé quelques années auparavant à une partition du Soudan, par exemple, largement à leur avantage du point de vue de la rente pétrolière. Pourtant les gens sur places n’ont été ni forcés, ni corrompus, par les autorités présentes, aucun observateur sur place n’a d’ailleurs relevé de fraude malgrè les fantasmes ocicdentaux.

 

L’Ukraine est révélatrice de la modification des hiérarchies établies entre les Etats depuis la chute du bloc soviétique avec l’avènement d’enjeux et d’acteurs anciennement mis de côtés et un relatif déclin de la puissance coercitive des Etats-Unis. Dans ce nouveau décor international, les Etats souhaitent les mêmes règles, les mêmes droits, une possibilité d’action et de décision qui leur est propre et qui ne soit pas dictée par une superpuissance. En d’autres termes, on arrive à un certain point de rupture d’instances surannées et maladaptées à un monde contemporain multipolaire et connecté. Pourquoi les russophones (russophiles ?) d’Ukraine, environ 19% de la population, n’auraient-ils pas le droit à leur propre Etat alors que des voisins plus ou moins proches ont vu leurs requêtes acceptées ? Par ailleurs, pourquoi une partie de la population tirant sur la police lors des contestations de la place Maiden serait plus à même de représenter l’opinion publique locale ?

 

Mais bien souvent, le téléspectateur ou auditeur occidental n’aura pas eu la possibilité d’entendre une véritable défense, des arguments de compréhension de la situation de la Russie et de son ancienne région de la Crimée ou plus clairement un contre-balancement des intérêts occidentaux dans cette région, illustré par la suppression de la langue russe comme langue officiel par un Président par un intérim Olexandre Tourtchinov, soutenu par l’Occident. Par les yeux des journalistes, certains pourraient mêmes penser que l’Ukraine n’est pas un pays démocratique et à la solde du gouvernement russe. C’est oublier rapidemment la révolution orange de 2004/2005 et les dernières élections présidentielles, perdues par le parti « pro-européen », complètement corrompu aux yeux de l’opinion public, à l’image de Ioula Tymochenko.

 

Alors non, je ne me veux pas un défenseur de monsieur Poutine, mais je souhaite juste une certaine neutralité des grands médias toujours en quête de la vision manichéenne du « bon » et du « mauvais » qui, non seulement désinforme, mais montent également les peuples les uns envers les autres. Vladimir Poutine n’est pas un impérialiste, terme encore plus étonnant venant de la bouche d’anciens pays colonisateurs (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis…), il cherche juste à protéger des intérêts économiques et humains bien plus vitaux à la Russie qu’à l’Union Européenne.

 

La situation en Ukraine a eu le mérite d’appuyer une nouvelle fois ces enjeux de notre quotidien et de notre Histoire, afin de nous rappeler, à nous simples citoyens, que nous sommes là aujourd’hui à un tournant pour impulser un changement, à la recherche de plus d’éthique politique, sociale et morale.

Crédit Photo : Ivan Bandura | Flickr

L'Ukraine,

 

 

A l'épreuve des livres d'Histoire

 

 

Alors que la tension médiatique retombe petit à petit autour de l’Ukraine, là-bas rien n’est fini et en quelque sorte, tout commence. Tout a déjà été dit, transformé, manipulé par les deux camps lors cette opposition, cependant il me semble que l’on en a oublié son ancrage certain dans l’Histoire au profit d’un combat de coqs entre les deux anciennes puissances rivales de la guerre froide, qui fait couler plus d’encre.

 

 

 

Chronique du 5 juin 2014 signée Calliste Garrabos

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