C’est dans l'optique d'une émergence de certains pays (au détriment de ceux anciennement industrialisés ?) que délocalisations, flux d’IDE et migratoires augmentent, afin de tirer profit de l’émergence annoncée de foyers de consommation en Asie de l’Est, du Sud-Est ainsi qu’en Amérique latine. Et pour preuve de cet engouement des années 2000, les flux d’IDE vers ces nouveaux eldorados économiques augmentent de 19% entre 2006 et 2007. Cependant, de 2000 à 2007, ce changement progressif dans les stratégies d’investissement ne perturbe pas l’activité des vieilles économies occidentales dont les grandes firmes profitent de l’ouverture de ces nouveaux marchés pour accroître leur influence et entreprendre un développement vertical, participant au phénomène global de division du processus productif. 

 

Ce n’est qu’en 2007 avec la crise des subprimes aux Etats-Unis, mère d’une crise économique globalisée en 2008, que cet état de fait est totalement modifié : les marchés du « Sud » apparaissent sous cette conjecture comme un refuge idéal pour des capitaux soumis à un risque accru au sein des pays occidentaux et bénéficient alors d’une arrivée massive de capitaux qui viennent doper leur économie, donnant à penser que la fin de la suprématie économique occidentale est clairement annoncée. Et comment voir les choses autrement quand, dans le même temps, l’Europe est en proie à une crise monétaire grave qui vient mettre à mal la confiance en un système économique qui paraissait jusqu’ici ne pas connaître de faille : les dettes croissent quand la croissance économique est elle réduite en France à -/+ 0,1% du PIB en 2013. Alors, dépassée l’ancienne économie occidentale ?

 

Il faut cependant remettre certaines choses au clair. D’une part, les pays occidentaux, malgré les délocalisations successives (On compte 900 fermetures d’usines françaises en trois ans) conservent un potentiel économique non négligeable et, si l’Europe souffre de l’interdépendance liée au marché monétaire unique, les USA gardent un contrôle constant sur l’émission du dollar. Et c’est précisément ce privilège qui permet aux économies occidentales – plus particulièrement les USA – de rester des puissances économiques. En effet, depuis 2007, l’émission de liquidités a été un des objectifs phares de la politique monétaire américaine (on parle de « faire tourner la planche à billets ») dans le but de relancer l’activité économique. 

 

Néanmoins, la nouvelle orientation des investissements vers les économies émergentes a redirigé ces liquidités vers des pays comme la Chine, le Brésil ou l’Inde, qui ont été largement bénéficiaires de la politique monétaire américaine. Ce n’est que récemment que la FED a décidé de cesser de telles pratiques, contractant fortement l’émission de papier-monnaie et par là-même l’activité des économies émergentes qui en ont ressenti le contrecoup dans les bourses (-18% au Brésil, -15% à Moscou, -9% et -5% à Shanghai et Bombay depuis le début de l’année 2013). Dans le même temps, cette baisse généralisée des cours des bourses émergentes a poussé les investisseurs à rapatrier leurs capitaux, entraînant ainsi une hausse ressentie des cours de bourses à Paris (10%), NYC (13%) ou Tokyo (32%). 

 

Par ailleurs, s’il est indéniable que les économies émergentes sont amenées à supplanter celles des anciens pays occidentaux – plus précisément des pays européens, les USA conservant un potentiel productif et technologique conséquent – la puissance ne peut se réduire à la croissance économique. Nul n’a pu ignorer les récents troubles sociaux survenus au Brésil, les violences sexuelles en Inde qui ont durablement secoué le pays ou encore une prise de conscience progressive en Chine où l’adoption du modèle occidental est en contradiction avec la nature même du régime politique. Ces pays émergents ont donc encore beaucoup à faire pour acquérir le statut de puissance mondiale comme celui des USA : la croissance accélérée de leur économie, si elle a pu effrayer (ou réjouir) certains économistes et investisseurs occidentaux, se heurte aujourd’hui à une profonde asymétrie entre acquis économiques et acquis socio-politiques, alors que les puissances occidentales conservent un contrôle certain des flux de capitaux.

 

Si une période d’interrègne, selon le terme de Jean-Charles Asselin, est à venir, nul besoin aujourd’hui d’enterrer les puissances occidentales qui conservent des atouts de puissance, puisqu’il ne peut y avoir de bouleversement des hiérarchies sans une évolution sociale et politique des BRICS.

 

 

Crédit Photo : Olivier Ortelpa | Flickr

 

Des pays émergents

 

 

Et rien de plus

 

 

Depuis plusieurs années, de nombreux économistes et investisseurs ont vu dans les pays qu’ils ont qualifiés d’ « émergents » - à l’instar de Jim O’Neill, vice-Président de Goldman Sachs qui innove en 2001 avec le terme de BRICS – les nouveaux foyers d’investissement où le potentiel économique se révèle du fait d’une extension progressive de l’idéologie néolibérale au monde. 

 

A quelle réalité le terme de "pays émergents" peut-il effectivement renvoyer ? 

 

Chronique du 10 septembre 2013 signée Louis Barré

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